[06/01/2006] "Gardez vos vérités saumâtres... Retour index
et abreuvez moi de doux mensonges"
Kalayeni 06/01/2006 - 23:03
[pid:49907] La jeune femme ouvrit les yeux. Lentement. Ce qui l’entourait lui était inconnu, mais lui évoquait certains souvenirs qui s’évertuaient à rester enfouis, et qui malgré ses efforts, ne ressurgissaient pas. Kalayeni se releva. Elle déambula dans l’endroit, au milieu d’une lueur bleutée et diffuse. Quelqu’un apparut soudainement, surgissant de l’ombre. Ses yeux caverneux, son teint cireux et une espèce d’aura étrange flottant autour de lui. L’elfe passa devant elle sans la voir. Plus de doute. Le monde des morts.

Des réminiscences remontèrent peu à peu à la surface. Elle avait l’impression d’être décalé avec la réalité. Valoundra. La lame. Les pulsions incontrôlées qui une fois de plus semblaient sortir de ses entrailles. De cette chose qui lui tournait l’esprit et dont elle n’était même pas sûr de l’existence. Stupide. Tout n’était peut être que dans sa tête. Pour expliquer ses accès de folies. Quelque chose pour justifier les soifs de sang auxquelles elle s’abandonnait parfois. Non, pas ça, pas toute en tout cas. Pour les premières peut être. Elle laissa échappé un ricanement. Ses genoux percutèrent le sol. Les premières….

Son rire continua nerveux, plus fort, dément. Une invention. De ses poings, elle frappa son ventre. Une pure affabulation. Elle frappa encore. Aucune douleur. Son rire se mua en cri de rage alors qu’elle continuait à frapper encore. Encore. Encore…. Une chimère, il est mort depuis longtemps. Un coup encore. Le cri laissa place à des pleurs désespérés. Recroquevillée au sol. Impossible…

Un temps indéterminé s’était écoulé. Peut être peu, peut être beaucoup. Mais la réalité se rappela soudainement à elle. Un corbeau. Son allure était étrange ici. Plus clair. Presque lumineux, et pourtant sombre. Pfff. Valar et ses sarcasmes sûrement. Depuis le temps qu’ils ne s’étaient plus adressés la parole. Quelle plaie. Même au milieu des morts. Autant sa compagnie avait parfois été agréable, autant elle virait immanquablement à la plus horripilantes des présences.

Ce ne fut qu’une brève interruption. Elle ne pouvait pas rester comme ça encore. Elle avait hésité de nombreuses fois au cours des années. Ca ne pouvait plus continuer. Elle sortit délicatement Mataya de sa manche, puis détacha le crâne suspendu à sa ceinture. Narenn…Elle fixa un long moment les orbites vides du crâne. Flou. Ses souvenirs étaient devenus trop flous. Elle n’arrivait même plus à se souvenir distinctement de leurs visages, et pourtant, le goût de leur sang était toujours là, distinct et inimitable. Une impression de malaise la saisit. Elle le déposa à coté de la dague. Lentement, elle ôta ses vêtements. Les os cousus dessus cliquetèrent lorsque les tissus glissèrent à terre. Seuls les os d’Erchain restaient noués à sa chevelure. Nue, elle posa ses mains sur son ventre. Il était a peine enflée. Beaucoup moins qu’à l’époque. Mais peut être que…Elle s’agenouilla, prenant Mataya dans une main. Elle inspira profondément. Elle savait qu’elle n’allait pas souffrir. Elle avait torturé et éviscéré tellement de gens depuis qu’elle savait parfaitement ce qu’elle allait voir. C’était une damnée et ça ne serait guère joli. Le faire sur soi-même était une autre affaire. Kalayeni reprit une nouvelle fois sont inspiration et se força à regarder. Et si au final il était vraiment encore là. Vivant.

Elle creva son ventre. Descendant lentement, Mataya se couvrit d’un liquide noir, poisseux. S’écoulant abondamment, des caillots le parsemaient parfois. Mais nulle odeur. Nulle douleur hormis la torture entre l’envie et la crainte de savoir. S’était elle trompée ? La plaie s’agrandit, laissant échapper des morceaux d’entrailles indéterminés, aux couleurs sombres et malades, racornies, dégénérés. Le liquide continua de s’épancher, barbouillant le ventre, l’aine, les cuisses de sa noirceur. Un haut le cœur la parcourut. Elle laissa choir Mataya au sol, dans un bruit métallique assourdit. Elle pris à nouveau une inspiration, provoquant la sortie d’une nouvelle vague de sang. Elle fixa son regard au loin et plongea ses mains dans ses viscères. Fouillant parmi une bile noirâtre, du sang tourné et des morceau d’organes à moitié décomposés.

Un cri, de rage, de désespoir, de tristesse. Trompée.

Dans ses mains salies, un fœtus. Petit. Et pourtant. Il semblait sain, en dehors de la crasse dans laquelle il avait baigné. Un ongle l’avait griffé en l’extirpant de ses entrailles. Du sang frais, d’un rouge vif s’en échappait.
Valar Morghulis 06/01/2006 - 23:16
[pid:49909] Il empoignait à deux mains sa hache tout en la serrant contre lui. Il avait eu le temps de fermer les yeux justes avant de recevoir le coup fatal. Il plissait les yeux puis prit la peine de rouvrir un œil. L’endroit lui était familier, il s’agissait du royaume des morts.

Commençant à bien connaître les lieux, il prenait donc machinalement le chemin le menant au passeur. Puis certaines choses lui revinrent en mémoire. Peu de temps avant de trépasser, il avait échangé plusieurs missives avec l’une de ses congénères pour ne pas dire son amie la plus chère mais ça il préférait le garder pour lui.

Toujours est il qu’elle lui avait paru bizarre, il ne savait dire quoi. Il était très inquiet malgré la violente dispute qu’ils avaient eue quelques jours auparavant. Aussi il s’était mi-bille en tête de venir la chercher coûte que coûte malgré les récriminations de cette dernière. Il était un damné pour le moins têtu et rien ne lui aurait fait changer d’avis, il devait la faire sortir de là.

Il se mettait à chercher d’éventuelles traces pouvant lui indiquer le chemin qu’elle aurait pu prendre. Il sentit son aura au détour d’une grotte. Elle n’était plus très loin. Il accélérait le mouvement dans la direction où son aura se faisait le plus sentir. Il la vit un peu plus loin. Il eut un mauvais pressentiment.

Il s’était applati le long d’une paroi se trouvant dans la pénombre. Il observait et ce qu’il vit le laissait pantois. Elle était nue, ses vetements et les os dont elle était toujours accoutrée se trouvaient au sol. Ses yeux se portèrent sur son ventre. Certaines choses commencait à etre claire pour lui. Il fronça à nouveaux les yeux. Il ne put réprimer un mouvement quand Kalayeni empoigna sa dague afin de s’ouvrir le ventre.

Lui le damné, le voilà qu’il restait figé là alors qu’il regardait cette dernière s’ouvrir le ventre. Réagir. Comment ? Il n’en avait pas la moindre fichue idée. Il était totalement désemparé. Bien loin de ce que peut attendre la déesse Hécate de l’un ses serviteurs. La peur l’étreignait. Cela faisait bien longtemps que ça ne lui était pas arrivé. En fait depuis qu’il avait vu … non il devait pas y penser. Aux diables sa déesse, ça ne recommencerait pas. Il s’agissait de Kalayeni cette fois et il devait agir vite quelqu’en soit les conséquences pour lui mais il ne pouvait pas laisser la faire ça.

Mais il ne pouvait rien faire, il était tétanisé par ce qu’il voyait. Un cri. Celui se rapprochant de la tristesse ou du désespoir le fit sortir de sa torpeur. Il se força à regarder. Elle tenait quelque chose dans ses mains. Elle sanglotait. Il hésitait à y aller. Il fit deux pas en arrière en étant sur le point de rebrousser chemin puis finalement s’avança légèrement. Il se mit à genoux devant elle. Il la regardait sans dire mot. Parler ne servait à rien.
Kalayeni 07/01/2006 - 13:16
[pid:49933] A genou sur le sol, se balançant légèrement d’avant en arrière, elle le regardait. Si petit dans ses mains. Si petit, mais là quand même. Depuis le début. Impossible. Elle l’avait perdu. Elle en était sûre. Elle s’en était persuadée. Son corps était agité de sanglot nerveux. A chaque fois le liquide noir s’écoulait lentement, par son ventre, sa bouche, ses yeux, dégoulinant le long de son corps. Il lui avait dit pourtant. Il lui avait dit qu’il n’avait aucune chance de survivre. Ca ne pouvait pas en être autrement. Ca ne pouvait pas. Elle passa une main, légèrement teinté de sang, le long du petit cadavre.

Il avait été la depuis le début. Lui, dont elle avait parfois ressenti les impressions, les soifs. Un petit rire, malsain. Les douleurs et les tortures aussi. Ses doigts s’appuyèrent sur le fœtus, ses ongles entaillant légèrement la chair, laissant perler de gouttes de sang, glissant lentement le long de ses avants bras, gouttant au sol. Folle. A cause de lui, elle s’était crue démente. Un sourire mauvais déformait son visage. Elle le fixait, le regard illuminé d’une sombre folie. Ses crises, parfois si fréquentes, parfois absentes pendant des années. A cause de lui. Ses doigts s’enfoncèrent dans le corps flasque. Les mains pleines de sang. Noir. Rouge. A cause… grâce… Lui… Disparu. Tant aimés et pourtant si délicieux. Ses enfants, sa famille. Ses enfants. Le seul qu’il lui restait… Jusqu'à présent.

Avoir passé tant de temps à les rechercher, à travers le sang des autres. Ces enfants dévorés toutes ces années.

Dis maman, elle n’existe pas la Kalayeni. Non ma puce, allez, dors maintenant.

Un dernier rire fusa, trop aigue, brièvement. Tous disparus, des fantômes, depuis trop longtemps. Le dernier, qu’elle avait espéré sauver il y a une éternité. Elle s’était damnée pour lui. Avait ragé, des décennies durant, s’être fait bernée. Avait rejeté la simple idée qu’il ait survécu. Elle avait a présent tout détruit.

Elle se mura dans un silence, le regard vide. Se balançant imperceptiblement, serrant le fœtus déchiqueté contre son sein noir et poisseux.

Un léger mouvement. Redressant soudain la tête, elle l’aperçut, là devant lui. Depuis combien de temps ?
Valar Morghulis 07/01/2006 - 14:37
[pid:49958] Hagard et en état de choc, tel était l’impression qu’elle donnait en la regardant. Elle aperçut le damné qui se tenait devant elle mais dans son regard s’exprimait de l’incompréhension. Et de la haine. Il ne proféra aucun mot se contentant juste de la regarder. La faire sortir d’ici, voilà ce dont il avait envie et le plus vite possible.

Elle était dans l’incapacité de se déplacer, elle perdait beaucoup trop de sang. Même en étant dans le monde des morts, il craignait qu’elle ne puisse retourner chez les siens du fait de ses blessures. Alors il regroupa ses affaires qui se trouvaient à terre et la prit ensuite dans ses bras délicatement afin de la porter après l’avoir recouverte de sa cape. Elle se laissa faire mais son regard était lourd de reproche.

Il reprenait le chemin menant à ce satané passeur, et cette fois il n’avait guère l’envie de plaisanter ou de subir les blagues vaseuses du vieillard sénile. Il le retrouva sans mal puisqu’il se tenait toujours à la même place. Le vieillard esquissa un geste en guise de salut. Visiblement il reconnaissait le damné. Ce dernier lui fit un geste de la tête en guise de réponse.

Kalayeni, elle, gardait serré toujours contre elle son bébé sans mot dire. Le passeur semblait intrigué. Le damné lui fit comprendre qu’il n’avait pas interet cette fois à lui faire perdre son temps. Le temps pressait, les vêtements du damné étaient de plus en plus imprégnés du sang de la damnée.

Elle reprenait subitement ses esprits et commencait à s’agiter à la vue du passeur. Elle hurlait après Valar. Elle voulait rester seule ici avec son bébé, elle craignait de l’abandonner. Elle ne lui avait rien demandé et voulait que pour une fois Valar lui fiche la paix. Au moins ici.

Il tentait de l’apaiser, de la rassurer. Que personne ne serait abandonné là. Il lui en faisait la promesse mais elle n’en était que plus virulente envers lui.

Le passeur, lui, commençait sa fameuse incantation et le halo blanc qui se trouvait derrière lui commençait à devenir de plus en plus aveuglant. Il sentit Kalayeni s’échapper, comme happé par la lumière avant que ce soit à son tour. Il avait réussi à la faire sortir de cet endroit. Il avait tenu parole. Il espérait juste maintenant retrouver cette dernière en vie de l’autre coté.

Kalayeni 14/01/2006 - 17:37
[pid:51582] La bataille à Valoundra faisait rage.
Elle se laissa glisser contre le marbre d’une pierre tombale. A bout de force. Elle ne pouvait rester là, trop dangereux. On finirait par la trouver. Elle se redressa péniblement, et continua à se faufiler parmi les décombres, les cadavres et les ombres. Un peu plus loin, un caveau à moitié effondré. Des traces carbonisés autours. Sûrement à cause des sortilèges lancés inlassablement dans la cité cimetière. Quoiqu’il en soit, les bruits des combats semblaient s’éloigner, dérivant vers un autre quartier. La neige recommençait à tomber.

Scrutant d’abord les alentours, elle finit par se faufiler discrètement vers la bâtisse écroulée, se glissant tant bien que mal à l’intérieur. La lumière filtrait à peine. Kalayeni s’installa dans le recoin le plus obscur. Derrière le tombeau, là où la voûte s’était rapproché du sol avec l’effondrement de l’entrée.

Le temps de reprendre son souffle et de retrouver son calme. Elle rajusta le foulard qui serrait sa chevelure et empêchait ses os de cliqueter. Se reposer. Un peu.

Les événements s’étaient précipités depuis son retour des morts. Le stress et la tension des combats ne lui avaient guère laissé de temps. Un instant de calme et de relâchement, suffisant pour laisser les récents événements ressurgir dans ses pensées. Le monde des morts, son ventre, le bébé, Valar, le pass… Elle remonta précipitamment ses jupes, délassa quelque peu le corsage sous sa robe pour lui donner du jeu et observa son ventre. Sur sa peau pâle, une cicatrice violacée, nette, traversant son nombril en une ligne droite, verticale. Elle palpa son ventre, toujours aussi faiblement enflé qu’auparavant. Rien de plus perceptible que cette immonde cicatrice.

Son poing s’abattit contre le marbre. Concentrer toute son attention sur la douleur sourde aigue se propageant le long des os de sa main et de son bras. Ne plus y penser. Ne pas se laisser aller. Maudit Valar. Toujours là, surtout lorsqu’il n’avait rien à y faire… Il n’avait pas le droit… Elle obnubila ses pensées sur lui, en guise d’exutoire, l’agonissant d’injures. Pour ne pas penser au reste. Surtout pas. Ni à l’impression de vide étrange qui l’habitait. Plus aucune douleurs ou sensations ne l’avait saisit. Rien. Elle s’effondra sur elle-même. Maudit Valar…

Le temps s’écoula doucement. Le sommeil la gagna peu à peu alors qu’elle ressassait le fiel de sa rancœur. Un moyen comme un autre pour éviter de penser à des sujets trop douloureux. Elle finit par s’assoupir.

Elle se réveilla en sursaut, haletante, l’air perdu. Il lui fallut quelques instants pour se souvenir du lieu où elle se trouvait. La lumière qui filtrait à travers les décombres, plus intense, annonçait que le jour était déjà bien entamé. Elle pesta contre son imprudence. S’endormir à un moment pareil, alors que n’importe qui pouvait surgir et la trouver là. Ces quelques instants qui lui suffirent pour oublier les détails de son cauchemar. Il n’en restait plus que quelques bribes. Elle parcourrait le monde des morts, à la recherche d’une âme, d’un enfant, une jeune âme parmi tout celles qui s’étaient retrouvées ici. Impossible de se rappeler, ni de le trouver. Les fantômes de ses victimes l’avaient retenue, empêcher d’entrer ou d’aller plus loin. Comme si cela allait changer leur situation. Mais rien, rien ne semblait ressembler, même vaguement à ce qu’elle recherchait. Des voix aussi. Par dizaine, chuchotant chacune quelque chose. Quelque chose d’important sûrement. Quelque chose dont elle ne se souvenait plus. Tout s’estompait. Fichu rêve.

Un craquement monumental, suivi du bruit d’une explosion. Elle sauta sur pied. Les combats s’étaient rapprochés. Rester là serait dangereux et ne servirait à rien. Autant s’arranger pour monter sur le toit et observer les alentours.

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